Le Vietnam cherche désormais à transformer une partie de son système de santé en véritable moteur économique. La montée en gamme des hôpitaux privés, le développement de soins spécialisés, la modernisation des équipements et l’émergence du tourisme médical créent un marché qui intéresse de plus en plus les investisseurs vietnamiens comme étrangers.
Le potentiel est double. D’un côté, le pays doit encore répondre à une forte demande domestique, alimentée par le vieillissement de la population, la hausse des revenus et la saturation de certains grands hôpitaux publics. De l’autre, le Vietnam souhaite attirer davantage de patients étrangers en capitalisant sur des coûts médicaux compétitifs, une amélioration de la qualité des soins et une offre touristique déjà très développée.
Selon les données reprises par MoveToAsia dans son analyse du secteur de la santé au Vietnam, les dépenses de santé devraient dépasser 33 milliards de dollars à l’horizon 2030, tandis que plusieurs segments comme les dispositifs médicaux, la pharmacie et la santé numérique affichent des perspectives de croissance importantes.
Le Vietnam veut devenir une destination de tourisme médical
Le tourisme médical n’est pas encore au niveau de la Thaïlande ou de Singapour, mais les autorités vietnamiennes souhaitent clairement réduire cet écart.
Le ministère de la Santé travaille actuellement sur un programme national destiné à développer les services médicaux de haute qualité et à structurer une véritable offre de tourisme médical pour la période 2026-2030.
Le marché vietnamien du tourisme médical était estimé à environ 700 millions de dollars en 2024. Il pourrait atteindre près de 4 milliards de dollars en 2033, soit une croissance annuelle moyenne proche de 18 %.
Le ministère vise désormais jusqu’à 750 000 visiteurs médicaux internationaux par an à l’horizon 2030. Aujourd’hui, environ 300 000 étrangers utiliseraient déjà chaque année des services médicaux au Vietnam, en incluant les expatriés et visiteurs internationaux.
Cette clientèle provient notamment du Cambodge, du Laos, de Corée du Sud, du Japon, d’Australie et de plusieurs pays européens.
L’objectif n’est donc pas de créer un secteur entièrement nouveau, mais plutôt d’organiser et professionnaliser une demande qui existe déjà.
Pourquoi des patients étrangers choisissent-ils le Vietnam ?
Le premier avantage du Vietnam reste le rapport entre le prix et la qualité des soins.
Le coût de certaines interventions y est sensiblement inférieur à celui observé à Singapour, en Corée du Sud ou dans les économies occidentales, alors que plusieurs hôpitaux privés vietnamiens ont fortement amélioré leurs équipements et leurs standards médicaux.
Les domaines les plus susceptibles d’attirer des patients internationaux sont notamment :
- les soins dentaires ;
- la chirurgie esthétique ;
- l’ophtalmologie ;
- la fertilité et la santé reproductive ;
- les bilans médicaux complets ;
- la cardiologie ;
- l’oncologie ;
- la rééducation ;
- certaines interventions chirurgicales programmées.
Le tourisme médical peut également être combiné avec des séjours de récupération dans les destinations touristiques du pays.
Le gouvernement souhaite précisément développer des modèles intégrés associant établissements médicaux, hôtels, resorts, services de bien-être et agences de voyage.
Cinq territoires ont été identifiés pour expérimenter ces modèles : Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Da Nang, Quang Ninh et Khanh Hoa.
Da Nang et Nha Trang disposent par exemple d’une combinaison intéressante entre infrastructures médicales, connexions aériennes internationales et offre hôtelière importante.
Un paradoxe : les Vietnamiens dépensent encore massivement pour se soigner à l’étranger
Le potentiel du tourisme médical apparaît d’autant plus important que le Vietnam est lui-même confronté à une importante sortie de patients.
Selon le ministère vietnamien de la Santé, environ 40 000 Vietnamiens dépensent près de 2 milliards de dollars chaque année pour recevoir des soins médicaux à l’étranger.
Singapour, la Thaïlande, la Corée du Sud et le Japon figurent parmi les destinations privilégiées, en particulier pour les traitements complexes et les soins médicaux haut de gamme.
Cette statistique illustre une opportunité majeure.
Avant même d’attirer massivement des patients internationaux, les établissements vietnamiens peuvent chercher à retenir une partie des patients locaux qui se rendent actuellement à l’étranger.
Pour y parvenir, la construction d’un nouvel hôpital ne suffit pas. Il faut développer une offre globale associant :
- médecins reconnus ;
- technologies médicales avancées ;
- diagnostic rapide ;
- expérience patient ;
- chambres de qualité ;
- services internationaux ;
- transparence sur les coûts ;
- accompagnement linguistique ;
- suivi après traitement.
Le développement de ces services représente autant d’opportunités pour des opérateurs internationaux disposant d’un savoir-faire hospitalier ou médical.
Les hôpitaux privés disposent encore d’une marge de développement importante
Le système de santé vietnamien reste largement dominé par le secteur public.
Les hôpitaux publics représentent environ 76 % des établissements hospitaliers, alors que les structures privées représentent 24 % du total. Mais ces dernières ne représentent qu’environ 5,8 % de la capacité nationale en lits.
L’écart est considérable.
Les grands hôpitaux de Hanoï et de Hô Chi Minh-Ville sont régulièrement surchargés. Selon l’International Trade Administration américaine, ces établissements accueillent jusqu’à 60 % des patients du pays et fonctionnent souvent au-delà de leur capacité nominale.
Cette situation ouvre la voie à davantage d’investissement privé.
MoveToAsia identifie notamment comme segments porteurs les hôpitaux privés, les centres médicaux spécialisés, les réseaux de diagnostic, la rééducation, les services destinés aux personnes âgées et les modèles de santé de proximité.
Les cliniques spécialisées plutôt que les grands hôpitaux ?
Pour un investisseur étranger, créer immédiatement un grand hôpital multidisciplinaire implique des besoins importants en capital, en personnel et en autorisations.
Les structures spécialisées peuvent offrir un point d’entrée plus accessible.
Parmi les domaines qui progressent le plus rapidement figurent :
Oncologie
Le vieillissement de la population et l’augmentation des cancers créent des besoins en diagnostic, radiothérapie, chimiothérapie et suivi médical.
Les investissements peuvent concerner aussi bien les établissements médicaux que les équipements ou les médicaments spécialisés.
Cardiologie
Les maladies cardiovasculaires constituent une part importante des maladies non transmissibles au Vietnam.
Le développement de centres spécialisés crée une demande pour l’imagerie, les dispositifs interventionnels, la surveillance cardiaque et les solutions de réadaptation.
Fertilité et santé des femmes
Le recul du taux de natalité et l’évolution des comportements familiaux favorisent le développement des services liés à la fertilité, à la grossesse et aux traitements spécialisés.
Certaines cliniques vietnamiennes commencent déjà à attirer des patients étrangers pour ces services.
Dentaire et esthétique
Ce segment est particulièrement compatible avec le tourisme médical.
Les traitements sont généralement programmables, les coûts peuvent être comparés facilement entre pays et le patient peut associer son traitement à un séjour touristique.
Dispositifs médicaux : un marché encore largement dépendant des importations
Le tourisme médical et la modernisation des hôpitaux entraînent mécaniquement une augmentation de la demande en équipements.
Le marché vietnamien des dispositifs médicaux devrait atteindre environ 2,47 milliards de dollars d’ici 2029, selon les données présentées par MoveToAsia.
Mais le chiffre le plus intéressant pour les fabricants étrangers est probablement ailleurs : plus de 90 % des dispositifs médicaux utilisés au Vietnam sont actuellement importés.
Les opportunités concernent notamment :
- systèmes d’imagerie ;
- équipements chirurgicaux ;
- diagnostic de laboratoire ;
- dispositifs cardiovasculaires ;
- équipements de soins intensifs ;
- instruments dentaires ;
- dispositifs orthopédiques ;
- équipements de rééducation ;
- technologies de stérilisation.
Dans ce secteur, la capacité à vendre n’est cependant qu’une partie du problème.
Les hôpitaux recherchent des fournisseurs capables d’assurer l’installation, la maintenance, la formation des utilisateurs et la disponibilité des pièces détachées.
Un fabricant étranger devra donc généralement construire un réseau local ou travailler avec un distributeur vietnamien capable de gérer la réglementation et le service après-vente.
La santé numérique devient un autre relais de croissance
Le secteur vietnamien de la santé évolue également vers davantage de numérisation.
MoveToAsia estime que le marché de la santé numérique pourrait représenter environ 815 millions de dollars en 2026, avec des perspectives de croissance à deux chiffres.
Les opportunités dépassent largement la simple téléconsultation.
Les établissements médicaux investissent progressivement dans :
- les dossiers médicaux électroniques ;
- les logiciels hospitaliers ;
- la télémédecine ;
- le suivi à distance des patients ;
- l’intelligence artificielle appliquée au diagnostic ;
- l’analyse des données médicales ;
- les dispositifs connectés ;
- la cybersécurité hospitalière.
La modernisation numérique répond également à l’objectif du gouvernement de réduire les différences entre les grands établissements urbains et les structures médicales provinciales.
Un spécialiste situé à Hô Chi Minh-Ville ou à Hanoï peut, par exemple, contribuer à interpréter à distance un examen réalisé dans une province secondaire.
La prévention et le diagnostic gagnent également du terrain
Le Vietnam cherche parallèlement à faire évoluer son système d’une approche essentiellement curative vers davantage de prévention.
Cette orientation s’est accélérée avec la mise en œuvre de la Résolution 72 du Politburo. Les autorités veulent notamment développer les vaccinations, les dépistages, le diagnostic précoce et les réseaux de soins spécialisés.
Cette évolution crée un marché pour :
- les laboratoires privés ;
- les centres de diagnostic ;
- les check-ups ;
- les services de santé en entreprise ;
- les programmes de vaccination ;
- le dépistage du cancer ;
- le suivi des maladies chroniques.
Pour les investisseurs, ce type d’activité peut nécessiter moins de capital qu’un hôpital tout en bénéficiant d’une demande récurrente.
Vieillissement : le prochain grand marché de la santé vietnamienne
Le vieillissement de la population est probablement l’une des tendances les plus importantes à long terme.
Il crée une demande qui ne concerne pas uniquement les hôpitaux.
Les opportunités apparaissent dans :
- les résidences médicalisées ;
- les services de soins à domicile ;
- la physiothérapie ;
- la rééducation ;
- les soins post-opératoires ;
- la gestion du diabète ;
- les services liés aux maladies cardiovasculaires ;
- les équipements médicaux pour personnes âgées.
Un projet récent illustre cette évolution. En août 2026, Hanoï a approuvé un complexe médical et de soins pour personnes âgées porté par Hanoi Medical University, pour un investissement préliminaire d’environ 546 millions de dollars.
Le vieillissement devrait donc progressivement faire émerger une nouvelle catégorie d’investisseurs et d’opérateurs spécialisés.
Tourisme médical : une opportunité qui dépasse les hôpitaux
Le développement du tourisme médical ne profitera pas seulement aux établissements de santé.
Il nécessite tout un écosystème.
Hôtellerie et récupération
Un patient international peut avoir besoin de rester plusieurs jours ou semaines après une intervention.
Des hôtels, appartements avec services ou résidences spécialisées peuvent proposer des prestations de récupération médicale.
Transport médical
Les transferts entre l’aéroport, l’hôpital et le lieu d’hébergement doivent être organisés.
Pour les patients à mobilité réduite ou ayant subi une intervention, les transports traditionnels ne suffisent pas toujours.
Assurance et assistance
Les assureurs internationaux et entreprises d’assistance médicale peuvent jouer un rôle important pour orienter les patients vers des établissements vietnamiens reconnus.
Agences spécialisées
Les intermédiaires peuvent prendre en charge la traduction des dossiers, l’organisation du voyage, les rendez-vous médicaux et le suivi administratif.
Le tourisme médical devient donc un marché transversal à la frontière entre santé, hôtellerie, assurance et tourisme.
Les risques restent importants
La croissance du marché ne rend pas l’investissement simple. La santé reste l’un des secteurs les plus réglementés du Vietnam. Par exemple :
- Un hôpital ou une clinique doit notamment satisfaire à des exigences portant sur les infrastructures, les équipements, les médecins, les procédures opérationnelles et la sécurité des patients.
- Les dispositifs médicaux sont soumis à des procédures de classification et d’enregistrement. Les médicaments nécessitent des autorisations encore plus complexes.
Le principal risque opérationnel concerne cependant souvent le personnel.
Un investisseur peut donc construire une clinique parfaitement équipée sans réussir à recruter suffisamment de spécialistes pour l’exploiter à pleine capacité.
Un marché où les partenariats locaux restent déterminants
Pour une entreprise étrangère, entrer progressivement sur le marché peut être plus efficace qu’un investissement immédiat de grande ampleur :
- Un fabricant de dispositifs peut commencer avec un distributeur.
- Une société de healthtech peut développer un pilote avec un hôpital.
- Un groupe médical peut conclure un partenariat avec une clinique existante avant de construire ses propres établissements.
- Un investisseur peut également prendre une participation dans un opérateur local plutôt que développer une nouvelle structure à partir de zéro.
Cette approche permet de comprendre les comportements des patients, les mécanismes de remboursement, les relations avec les autorités et la disponibilité des talents.
Entre marché domestique et patients internationaux
Le développement du tourisme médical constitue finalement une extension logique de la transformation du système de santé vietnamien.
Le pays possède déjà une importante demande locale, une classe moyenne croissante et des infrastructures médicales en amélioration. S’il parvient à augmenter la qualité de ses services spécialisés tout en conservant un avantage de coût, il pourra simultanément retenir davantage de patients vietnamiens et attirer une clientèle internationale.
Le potentiel d’investissement dépasse largement l’hôpital traditionnel. Il concerne les cliniques spécialisées, les équipements médicaux, les produits pharmaceutiques, la santé numérique, le diagnostic, les soins aux personnes âgées ainsi que l’ensemble des services associés au tourisme médical.
L’objectif vietnamien de faire progresser un marché du tourisme médical évalué à environ 700 millions de dollars en 2024 vers plusieurs milliards de dollars au cours de la prochaine décennie constitue ainsi moins une opportunité isolée qu’un indicateur de la transformation globale du secteur.
Pour les investisseurs internationaux, le Vietnam présente donc une combinaison particulière : un marché domestique de plus en plus important, des besoins médicaux encore insuffisamment couverts et une ambition nouvelle de devenir une destination régionale de soins. Dans ce contexte, les projets les mieux positionnés seront probablement ceux capables d’associer expertise médicale, technologie, expérience patient et partenariats locaux solides.
